Dans un monde qui évolue plus vite que jamais, personne ni organisation ne détient à elle seule toutes les réponses.

Savez-vous pourquoi le « partenariat d’apprentissage » est une approche utile pour rassembler les parties prenantes ? Pour mieux informer les pouvoirs publics, les employeurs et les représentants syndicaux des défis et des opportunités que les récentes avancées en matière d’IA et de numérisation représentent pour nous tous. Comment y faire face ensemble ?
Fin janvier dernier, quatre agences décentralisées de l’UE se sont réunies à Bruxelles afin d’approfondir leur compréhension des fondements de l’apprentissage social, à savoir l’engagement mutuel face à l’incertitude, plutôt que l’apprentissage comme transmission de certitudes (fondées sur des données, des preuves et des faits). Ensemble, nous avons exploré comment renforcer la capacité d’apprentissage de chaque partie prenante – qu’il s’agisse des représentants de l’Union, des employeurs ou des gouvernements – en tenant compte des différences, en prêtant attention aux nouvelles idées et en acceptant l’incertitude… une approche développée par Wenger-Trayner (Beverly et Etienne) pour le dialogue social et le partenariat.
Dans un monde qui évolue plus vite que jamais, personne ni organisation ne détient à elle seule toutes les réponses. Qu’il s’agisse d’améliorer l’éducation, d’orienter le développement local ou de coordonner différentes institutions, le progrès repose sur l’apprentissage collectif. Cette idée est au cœur de l’apprentissage social, une approche défendue par Beverly et Etienne Wenger Trayner. Elle encourage des personnes d’horizons divers à partager leurs connaissances, à réfléchir ensemble et à élaborer des solutions adaptées à la réalité.
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[1] The concept of Social Learning is widely developed in the “Communities of Practice within and across organisations. A Guidebook”, by Etienne Wenger-Trayner, Beverly Wenger-Trayner, Phil Reid, Claude Bruderlein, 2023, available for free at: https://www.wenger-trayner.com/wp-content/uploads/2024/03/24-02-21-CoP-guidebook-second-edition-final-2.pdf (accessed 19.02.2026)

Image on Social Learning created by AI (Copilot accessed 19.02.2026)
L’apprentissage social favorise les liens au-delà des frontières.
De nombreuses organisations continuent de cloisonner leurs effectifs en fonction des rôles, de la hiérarchie ou de la localisation géographique. Ces divisions facilitent la gestion administrative, mais créent souvent des cloisonnements.
L’apprentissage social brise ces barrières en réunissant les personnes qui se sentent concernées par une même question, quel que soit leur service ou leur poste. Dans ces espaces, les décideurs, les praticiens, les chercheurs et les travailleurs de première ligne partagent leurs expériences vécues. Cette diversité est une force, pas une complication. Elle engendre la confiance. Lorsque les gens se sentent en sécurité pour s’exprimer honnêtement, ils reconnaissent les défis, remettent en question les idées reçues et explorent ensemble de nouvelles idées — ce qui est rare lors de réunions formelles. Cette confiance constitue la base d’une véritable collaboration.
Comment les groupes élaborent des programmes pertinents
Un programme solide n’est pas simplement une liste de tâches. Surtout lorsque nous réunissons des parties prenantes différentes. Un programme peut s’appuyer sur une vision commune de ce qui importe le plus et de ce qui peut être réellement accompli. L’apprentissage social contribue à l’élaboration de ces programmes en s’appuyant sur des expériences concrètes plutôt que sur des plans abstraits. Les participants partagent des anecdotes tirées de leur travail quotidien — les problèmes qui les empêchent de dormir. Ces observations aident à définir des priorités reflétant les besoins réels. C’est à travers ces récits concrets que se dessine le programme commun de la coopération tripartite ou multilatérale.
L’ordre du jour est donc élaboré avec le groupe, et non pour lui. Comme les participants contribuent à sa conception, ils s’y identifient davantage et sont plus déterminés à le mettre en œuvre. L’ordre du jour évolue également au fil du temps, à mesure que de nouvelles idées émergent. Il reste flexible, ce qui est essentiel dans des environnements en constante évolution.

Pourquoi l’apprentissage social fonctionne
Selon Wenger-Trayner, l’apprentissage social est efficace car il fait appel à la motivation naturelle des individus, comme l’a montré la formation de deux jours sur place consacrée à ce sujet. Les participants s’engagent parce que le thème leur tient à cœur, et non parce qu’on leur a demandé d’y assister. Cela génère de l’énergie et de la créativité. Ces échanges permettent aux participants d’apprendre de leurs erreurs sans crainte, de tester rapidement des idées et de renforcer leur compréhension grâce à un langage et à des outils communs. Il existe toute une gamme d’outils de facilitation faciles à utiliser (par exemple, le lean café/world café, le débat, le fishbowl…) pour aider différentes personnes et différents groupes à dialoguer entre eux.
Ce qui change lorsque les gens apprennent ensemble
Les organisations qui adoptent l’apprentissage social constatent souvent de réelles améliorations, comme le confirme Wenger-Trayner. Les décisions sont mieux fondées, la collaboration se renforce et l’apprentissage devient continu plutôt qu’occasionnel. La participation devient plus inclusive, donnant la parole à ceux qui sont les plus proches du terrain. De nouvelles idées émergent plus facilement, et les individus ont le sentiment d’appartenir à une identité professionnelle commune, ce qui améliore le moral et la motivation.
Une ressource stratégique pour relever les défis d’aujourd’hui
Il ne suffit pas de simplement réunir des personnes dans une même pièce. Elles ont besoin de structures qui les aident à apprendre les unes des autres de manière constructive. L’apprentissage social offre cette structure. Il transforme les groupes en communautés, les conversations en compréhension commune et les expériences fragmentées en plans concrets. Dans un monde marqué par l’incertitude, l’apprentissage social n’est pas seulement utile : il est essentiel.
Lorsque les gens se connectent à travers des pratiques communes, réfléchissent ensemble et co-créent leur avenir, ils élaborent des programmes qui sont significatifs, réalistes et capables de générer un véritable changement.

Liia Kaarlõp
A propos de l’auteur
Membre de l’équipe de l’ETF chargée des partenaires sociaux, de la gouvernance des compétences et de l’assurance qualité. Présidente du comité du personnel de l’ETF. Secrétaire de l’ETF-USF